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Arbres à vent

Point porté à l'ordre du jour à la demande d'Olivier Corhay

Si les éoliennes font partie du paysage en Flandre et en Wallonie, elles sont plutôt rares en Région Bruxelloise. Il existe pourtant une alternative intéressante qui joint l’esthétique à l’efficacité : l’arbre éolien.

Cet élément, silencieux et peu encombrant, présente le gros avantage de pouvoir s’intégrer dans les paysages urbains ou même dans un simple jardin. D’une hauteur de 9 mètres, l’arbre exploite les vents à 360° et a besoin de deux fois moins de vent pour s’activer. Il génère 4 kwh en conditions idéales, ce qui couvre plus ou moins l’ensemble des besoins énergétiques (principalement la consommation d’électricité) d’une famille. Conceptualisé en France, mais déjà testé dans plusieurs pays, l’arbre éolien produit de l’électricité au moindre frémissement du vent, chaque feuille étant une simple turbine à axe vertical.

L’arbre compte près de 60 turbines et, forcément, ne perd pas ses feuilles en hiver !On estime que ce petit éolien permettrait d’éclairer 455 mètres de voies publiques, 164 m2 de bureaux, ou encore 71 places de parking extérieur. Pour les particuliers, le concepteur envisage de proposer très prochainement un « buisson à vent » ou encore des « feuilles de toit » d’une puissance installée de 360W.

L’arbre à vent est bien sûr un produit technologique récent et est en cours d’évolution. Comme souvent dans pareils cas, il est nécessaire au concepteur de rentabiliser ses recherches par la vente de premiers prototypes afin de les rendre plus abordables. Il n’empêche, il s’agit là d’une invention respectueuse de l’environnement et soucieuse de notre avenir qui mérite d’être largement soutenue.

 Notre Collège a-t-il eu vent des avancées dans ce secteur écologique et est-il sensibilisé par une telle innovation ? Jette ne pourrait-elle pas devenir une commune pilote en la matière en contribuant activement à l’évolution technologique de ce produit et en insufflant une dynamique nouvelle dans notre Région Bruxelloise ?

 Réponse de Bernard Van Nuffel

J’avais bien eu vent de cet arbre, et j’en ai même parlé il y a quelque mois avec notre Collègue Geoffrey Lepers, à qui j’avais soufflé mon intuition à ce sujet. Une bonne partie de mes notions scolaires de physique s’est envolée, mais d’après ce qu’il m’en reste, je crois me souvenir que la puissance d’une éolienne est proportionnelle à l’inertie du système rotatif. Plus petite est la turbine, moins d’énergie cinétique elle peut convertir en énergie électrique. J’étais donc intuitivement perplexe, et j’ai même osé dire qu’à mon avis, cet arbre artificiel semble être un concept décoiffant, mais qu’au fond, c’est du vent !

Votre question a fait planer un doute sur mon intuition. Après tout, ne suis –je pas moi aussi un grand défendeur du bio-mimétisme et de l’innovation en matière d’énergie renouvelable ? Je suis donc allé consulter le site internet de la société française qui a développé et produit le prototype de cet arbre à vent à Pleumeur-Bodou, sur la côte d’Armor.

Au premier coup d’œil, c’est magnifique : graphique à l’appui, on voit que chacune de ces petites éoliennes commence à tourner au moindre zéphyr : une vitesse de vent de seulement 1,5 mètre par seconde, soit 5,4 km/h suffit à enclencher ces « Aeroleaf », système breveté de mini-turbines en plastique vert à axe vertical.

Mais que produisent-elle à une vitesse aussi faible ? Un autre graphique disponible sur le site web de la société nous le renseigne : rien, ou presque! Il faut atteindre une vitesse de vent de 6 mètres par seconde (21km/h) pour produire environ… 4W, soit l’équivalent d’une ampoule LED de 400 lumen, et la turbine plafonne à environ 100W avec un vent de 64km/h. Pour mesurer l’efficacité réelle du système, il faut considérer les deux graphiques en même temps !

Toujours selon le site web du développeur, un arbre à vent couvrirait en moyenne annuelle 83% de la consommation électrique d’un ménage français, hors chauffage bien sûr, pour un prix d’achat annoncé de 30.000€. Pour nous faire une idée de l’intérêt économique, environnemental, et  sociétal de cet « arbre », comparons-le avec une petite éolienne de chez nous : l’Eolienne des Enfants à Houyet, en Wallonie.

 Mise en service il y a tout juste 10 ans, en mars 2006, sa technologie est aujourd’hui dépassée, en comparaison des éoliennes actuelles, au rendement nettement supérieur avec leurs pales biomimétiques en forme d’ailes de mouettes. Mais même si elle est techniquement dépassée, cette éolienne de 800kW a réellement produit de mars 2006 à décembre 2015 quelque 10.423 mégawatt-heures sans émettre de CO2, soit la consommation annuelle moyenne  de quelque 360 ménages belges pendant 10 ans. Son coût d’investissement initial s’élève 807.474€, soit environ  12.645€ par ménage sur base de la consommation de 360 ménages, alors que celui de l’arbre à vent s’envole plus de 30.000€ par ménage, hors placement, et si la production annoncée de l’arbre à vent se vérifie dans la réalité. Du point de vue strictement économique, en 10 ans, l’Eolienne des Enfants a généré un bénéfice cumulé de 149.640€ aux 850 enfants qui en sont les actionnaires, sous forme d’un dividende de 6% depuis 2008, le maximum autorisé pour une coopérative !

Bien qu’elle restera sans doute encore en service quinzaine d’années, son démantèlement est déjà complètement provisionné, à l’inverse de celui de nos vieilles centrales nucléaires belges, que l’on n’ose même pas chiffrer.

Du point de vue sociétal, elle a conscientisé ces citoyens- enfants et leurs familles à la pertinence de la production d’énergie renouvelable. Ces enfants ont grandi et certains sont même devenus administrateurs de la coopérative citoyenne !

Du point de vue technique, sachant que tout système éolien, par nature intermittent, doit être interconnecté au réseau électrique européen, la distance entre l’éolienne et les ménages consommateurs est négligeable à l’échelle de notre pays.

 Voilà pourquoi Monsieur le Conseiller, je sors de cette brève analyse comparative avec une intuition renforcée que dans le secteur éolien, les lois de la physique sont tout aussi incontournables qu’ailleurs, n’en déplaise aux inventeurs du mouvement perpétuel et aux spécialistes du green-washing. A cet égard, un coup d’œil sur les bailleurs de fonds de l’arbre à vent est révélateur : on y trouve par exemple le monopolistique  producteur d’énergie nucléaire français.

A Jette, je pense donc que nous continuerons plutôt à planter de vrais arbres dans nos rues, qui convertissent en oxygène et en beauté le CO2 et les particules fines émises par les voitures et les chaudières. Avec l’appui et l’expertise de notre Administration, je continuerai à proposer au Collège et à notre assemblée, que je remercie pour leur confiance, des mesures énergétiques  basées sur la réduction des besoins et l’efficacité des technologies mises en oeuvre :

- isoler systématiquement nos bâtiments, en particulier les toitures

- rénover  les chaufferies, en y plaçant des régulations et en les programmant en fonction de l’usage des bâtiments

- placer des vannes thermostatiques sur les radiateurs et des thermostats programmables

- remplacer les lampes à incandescence et même les néons par des LEDs, avec une diminution de 50 à 90% de la consommation électrique

- récupérer la chaleur des systèmes de ventilation

- construire des bâtiments exemplaires qui minimisent leurs besoins énergétiques

- favoriser les modes de déplacement actifs qui n’émettent pas de CO2 par le réaménagement adéquat de l’espace public

- exploiter aux maximum les toitures pour produire de la chaleur et de l’électricité photovoltaïque

Je propose d’ailleurs de vous présenter les résultats de la production électrique de nos installations photovoltaïques communales lors d’une prochaine séance.